fabienne maisonnave
entrelacs
La strate
La strate n’est pas seulement une couche. Elle est un état de la matière, un dépôt, une tenue. Des éléments hétérogènes — organiques, sédimentaires — s’y agglomèrent, adhèrent, résistent, jusqu’à former une consistance reconnaissable en sa texture, sa couleur, son épaisseur.
Rien n’y est homogène. La strate tient par tension. Elle ne se donne jamais seule : elle est toujours prise dans un empilement, une superposition. On parle alors de stratification. Elle existe par ce qui la précède, par ce qui la recouvre, par ce qui la traverse.
Ce qui la distingue n’est pas seulement sa matière, mais ce qui la sépare des autres : une lacune.
— « une couche […] séparée des autres par une lacune » (CNRTL)
Un écart, une interruption, une discontinuité.
Cet entre-deux n’est pas un vide inerte. Il agit. Il organise. Il maintient les strates à distance, tout en les tenant ensemble. C’est là que quelque chose insiste sans se donner pleinement.
Pour que l’ensemble tienne, il faut intégrer cette part manquante, non identifiable comme forme.
Elle peut être pensée comme une enveloppe — un Moi-peau — qui contient sans homogénéiser, qui relie sans combler. Une surface sensible où s’inscrivent tensions, ruptures, continuités.
L’œuvre se forme dans cet espace instable : elle porte en elle une césure, un lieu de passage.
La lacune est active.
C’est en elle que la forme advient.
De cette tension émergent deux directions de travail :

