fabienne maisonnave
entrelacs
De la racine
La racine et l’appendice sont deux états d’un même geste : l’un creuse, l’autre déploie.
Sous la peau, grouille le monde en devenir.
Il travaille à maintenir équilibre et harmonie au sein de la matière organique.
Cellules, réseaux nerveux élaborent cette masse molle, plastique, qui enveloppe en la révélant la structure.
Pétrie de relations entre l’homme et l’Être, la chair donne sa consistance au corps.
Elle reçoit autant qu’elle donne.
Elle engrange dans ses tissus sensibles aussi bien le bon que le mauvais des informations.
Elle distille, trie, s’approprie pour s’en nourrir.
Sa réversibilité, au sens husserlien où Merleau-Ponty la définit, en fait une zone vivante, constamment activée, sensiblement perceptible.
Elle accueille mais elle (se) montre aux autres.
Elle « parle », exprime son intériorité.
Elle est un corps en mouvement perpétuel, un filtre qui prend et qui donne, qui se lit comme un lieu de réactions profondes et singulières.
Inextricablement liée à ce qui la malaxe, elle est à la fois en et hors de l’être qu’elle modèle dans sa forme.
Elle est un entrelacs d’émotions,
Elle colmate, agglomère, stratifie émotions et matière en un corps dont l’hétérogénéité n’a de force que cette ambivalence.
Elle est le sens du corps.
On la comprend mouvante, rétractable, comme se déployant selon des temps différents dont elle garde la trace.
On la comprend comme un lieu d’émergence d’une forme toujours en devenir.
Dans l’œuvre, je retrouve ce travail de la forme et du sens.
Tracer, recouvrir, arracher, colmater, jusqu’au surgissement d’une forme, la plus proche possible de l’élan qui m’anime.

















